jeudi 22 septembre 2016

Coup de cœur : The girls, couverture énigmatique et récit à la hauteur !

La rentrée littéraire se déguste la plupart du temps en deux parties : les nouveautés de nos auteurs fétiches, et les premiers romans. The girls appartient à la deuxième catégorie, mais pourra passer dans la première dès la prochaine publication de l'auteure !

Dès les premières lignes, Emma Cline nous emporte. Une femme seule dans une maison distingue des voix à l'extérieur. Ce ne sera rien de grave mais cela la ramène à sa propre histoire : Evie a grandi au nord de la Californie à la fin des années 1950. En 1969 elle a quatorze ans et son existence est semblable à celle de toutes les adolescentes de cette époque. Jusqu'au jour où elle aperçoit pour la première fois, au détour d'une supérette, trois jeunes filles fouillant les poubelles. Trois sauvageonnes aux vêtements tâchés, déchirés et aux cheveux longs. Belles, pourtant.

Quelques temps plus tard, Evie recroise l'une d'entre elles, Suzanne, et une timide amitié, basée sur l'admiration d'Evie prend forme. Suzanne habite en communauté, dans un ranch non loin d'ici. Elle va faire découvrir son monde sa nouvelle amie et celle-ci n'en sortira pas indemne. En proie aux conflits familiaux, notamment avec sa mère divorcée, Evie passe presque deux nuits sur trois au ranch et découvre l'indépendance. Plus important encore, elle rencontre Russel, meneur de tout ce petit monde. Russel, un musicien raté mais très persuasif, faisant fortement écho au tristement célèbre Charles Manson.

Le talent d'Emma Cline réside dans la poésie de ses phrases et sa capacité à relater les sentiments d'une adolescente perdue et influente. Un récit très cinématographique et puissant, au rythme ciselé. Les pages se tournent les unes après les autres et l'intensité de nos sentiments de lecteur ne cesse d'augmenter. Emma Cline est jeune, originaire de Californie tout comme son héroïne, et sans aucun doute à suivre avec beaucoup d'attention !


The girls, d'Emme Cline aux éditions La Table Ronde - 21€

mercredi 23 mars 2016

Coup de cœur : de l'humour à tous les étages !

Depuis quelques années, fleurissent les romans illustrés. Il faut dire qu'à partir de sept ans, c'est un excellent moyen de palier entre les albums ou les bandes dessinées et les romans pour les plus grands ! Il y a les classiques, comme Tom Gates ou le Journal d'un dégonflé, la collection des romans Witty, dernièrement, le brillantissime Par bonheur le lait... Et puis il y a la cabane à 13 étages d'Andy Griffiths et Terry Denton ! Publié aux éditions Bayard, il fera le bonheur de tous !


Terry & Andy sont deux vraies personnes : les auteurs de La cabane à 13 étages. Dans ce livre, Terry nous raconte leurs techniques de travail. Leur principale règle ? Ben... C'est de ne pas travailler. C'est vrai quoi, qui aurait envie de faire autre chose que de créer des bananes géantes, se gaver de chamallows ou jouer avec les requins ? Car il y en a des choses à faire entre les treize étages de la maison ! Quand M. Gros nez leur éditeur débarque à la cabane et réclame un roman pour hier après-midi, les deux compères n'ont plus le choix, il faut s'y mettre !

Des illustrations à foison, de l'humour décapant, et des idées loufoques, tous les ingrédients sont là ! 245 pages d'aventures qui, en prime apprennent la naissance et le parcours d'un livre jusqu'aux mains des enfants.


"Alors j'ai menti:
- Pas de problème, M. Gros Nez. Tout est sous contrôle. On vous l'envoie dès que possible.
- J'espère pour vous que "dès que possible", ça veut dire avant demain 17h !
- Ne vous inquiétez pas M. Gros Nez, lui ai-je promis, ce sera fait. Comptez sur nous.
- Mais..., a commencé Terry.
Alors j'ai coupé la communication pour qu'il ne mette pas M. Gros Nez encore plus en colère.
-Tu n'aurais pas dû lui promettre ça, m'a reproché Terry. J'ai beaucoup trop de trucs prévus d'ici là. Regarde ma liste : je suis surbooké !
1. Faire une bataille de polochons avec Andy.
2. Organiser l'anniv' des requins.
3. Travailler mon swing de golf.
4. Manger au moins 100 chamallows.
5.  Lisser les plumes du perroquet.
6. Me couper les ongles.
7. Taper Andy avec une boule de bowling.
8. Manger tout le chocolat de la maison.
9. Chatouiller le perroquet.
10. Dormir sur le toit."

mercredi 24 février 2016

Un, deux et trois imagiers pour les petits !

Aujourd'hui un article un peu spécial, puisque vous allez découvrir une sélection de trois imagiers pour les petits. L'imagier, c'est un très bon moyen d'initier les enfants au monde des livres. Il leur permet en plus d'apprendre du vocabulaire, de découvrir des choses qu'ils n'auront pas l'occasion de voir tout de suite et d’étoffer leur rapport à l'illustration. De toute les formes et de toutes les matières, il existe des imagiers pour tous les âges, même pour les adultes ! Voici trois de nos coups de cœur, tous cartonnés et de nationalités différentes !


Le premier ouvrage est de la française Sophie Adde, sorti en 2015 aux éditions du Buveur D'encre. Centré autour de la nature, ce livre suit le déroulement d'une année à travers les saisons. Il commence avec le printemps au cours duquel on découvre le lilas, les radis ou encore la mésange... On continue logiquement avec l'été, l'automne puis l'hiver. Les saisons débutent avec une illustration de double page, la saison est notée dans un encadré coloré, en bas à droite de la page. Ensuite, chaque double page est séparé en deux parties. A gauche, sur un fond en couleur, est noté un mot en écriture cursive. A droite, se trouve son illustration à l’acrylique sur un fond de collages. Frais et poétique, cet imagier utilise une palette  très développée de couleurs et les peintures réalistes permettent à l'enfant de bien comprendre ce qui est représenté. Une année, c'est partir en excursion à la campagne, tout en redécouvrant la nature morte.





Le deuxième ouvrage nous vient d'Angleterre. Premiers mots est de Jane Foster et vient de sortir chez Kimane. Le livre est carré, à la couverture épaisse, bien adaptée aux petits. Ce qui frappe immédiatement, ce sont ses illustrations aux couleurs vives et les traits épais des dessins. Ici, ils ne sont pas réalistes mais l'enfant pourra vite identifier des animaux familiers, des aliments de tous les jours ou encore des jouets. Les illustrations sont très graphiques : des traits aux zigzags en passant par les pois, il y a de quoi inventer beaucoup d'activités avec son enfant ! Premiers mots a également des frères : 1 2 3, Noir et blanc et Les couleurs, disponible chez le même éditeur !




Enfin, nous changeons de continent pour filer au Japon avec Tatsuhide Matsuoka qui nous offre Roule, publié chez L'école des loisirs. Cet imagier est encore différent puisqu'il se lit sur deux doubles pages. Sur la première, nous allons d'abord découvrir un animal que l'on retrouve sur la seconde... En train de rouler ! Ici ce que l'on adore, c'est les traits loufoques des animaux et des situations : je ne me lasse pas de voir un cloporte rouler (ce n'est quand même pas tous les jours !) ou une tortue qui peine à se relever ! Entre l'imagier et le livre d'histoire, Roule est plein d'humour et de tendresse.


Une année, de Sophie Adde aux éditions du Buveur d'encre - 15€
Premiers mots, de Jane Foster aux éditions Kimane - 7,95€
Roule, de Tatsuhide Matsuoka aux éditions École des loisirs - 6€























jeudi 18 février 2016

Coup de cœur : premier roman d'une pointure du cinéma

2016, joyeuse année pour les cinéphiles amateurs de littérature : David Cronenberg, illustre réalisateur, sort son premier roman. Consumés colle parfaitement à l’univers de ces films c'est-à-dire, pervers, critique, intelligent, etc.


Nous suivons Naomi et Nathan
, deux journalistes globe-trotters obsédés par la technologie. Amants dès qu'il le peuvent, ils entretiennent une relation à distance presque équilibrée. Jusqu'au jour où Naomi se passionne pour l'affaire du meurtre Arosteguy. Couple de philosophe français à la sexualité débridée, les Arosteguy sont les un peu les Sartre-Beauvoir d'aujourd'hui. A cette différence près : Célestine est retrouvée morte, mutilée dans leur appartement et c'est Aristide qui est accusé de meurtre et de cannibalisme. Naomi part à la recherche d'un Aristide énigmatique et ne sera pas déçue du voyage. Nathan lui, s'est envolé pour Budapest où il se penche sur les travaux de Zoltan Molnar, un chirurgien pratiquant désormais illégalement la médecine. Contre toute attente les deux affaires vont se croiser, faire sens ensemble et nous emmener bien plus loin que ce l'on aurait osé imaginé.

A 72 ans, David Cronenberg maîtrise la description, la profondeur de ses personnages et mène l'intrigue de
main de maître, comme on aurait pu s'en douter. Sciences et sciences humaines, sexe et technologie, nous retrouvons parfaitement son univers sans pour autant ressentir un déjà vu. Roman dérangeant et haletant, Consumés est un excellent roman, et fait désormais parti de nos coups de cœur !


Consumés, de David Cronenberg aux éditions Gallimard - 21€

jeudi 28 janvier 2016

Coup de cœur : il fait du bien de changer d'air

Je lis rarement de la littérature chinoise. Non pas que celle-ci me déplaise, au contraire, mais je tombe rarement sur des ouvrage qui, quand j'ai le temps de les lire, me tentent. Lorsque Pékin Pirate est arrivé à la librairie le 7 janvier, je connaissais déjà le résumé et je me suis empressé de le commencer. Il s'agit d'un texte paru pour la première fois en Chine en 2008 et ce sont les éditions Philippe Rey qui nous permettent de découvrir ce fantastique texte.

Zu Zechen nous offre le portrait de DunHuang, sortant de prison après trois mois enfermement pour
vente de faux papiers. Le jeune homme n'a rien et ne peut décemment pas retourner à son ancien emploi. Au cours de ses déambulations, il rencontre vite Xia, une vendeuse de DVD à la sauvette. Ni une ni deux, il se lance dans ce commerce (illégal lui aussi). 

Voici donc le point de départ. Malgré les coups durs, DunHuang se laisse rarement démonter et apprend rapidement à se remettre en selle. Dans un Pékin contemporain, Zu Zechen nous fait découvrir la précarité sous un autre angle : les jeunes gens en situations difficiles se cultivent, essaient de s'entraider, de se reconstruire... Pékin pirate peut se lire d'une traite, ce que j'ai fait et adoré, ou peut s'apprécier en petites chroniques de la vie quotidienne, toujours rythmée par des tempêtes de lœss.



mardi 24 novembre 2015

La folle rencontre de Flora et Max


Ce joli roman, à découvrir à partir de 12 ans, est à lire d'urgence ! Cette courte lecture m'a fait un bien fou et c'est plus que nécessaire par les temps qui courent... 

La folle rencontre de Flora et Max est un roman épistolaire. Max envoie une lettre à Flora, un peu au hasard, sans trop se soucier du politiquement correct. En effet, Flora est en prison. A 17 ans, elle est enfermée pour 6 mois car elle a frappé très violemment une jeune fille de sa classe qui la harcelait moralement et physiquement. Pourtant Flora est douce et Max va apprendre à la connaître au travers de leur correspondance hors-norme. On apprendra que Max est aussi enfermé, un peu dans sa tête en réalité, car il est agoraphobe et ne peut plus sortir de chez lui. Chacun va essayer de tirer le meilleur parti de sa situation et d'encourager l'autre à surmonter son problème. Listes, souvenirs, projets... Flora et Max sont un soutien l'un pour l'autre et c'est une bulle de douceur que de lire leurs échanges. 

La phobie scolaire, le harcèlement, l'agoraphobie ne sont pas des sujets faciles mais il est important de les aborder, surtout auprès des premiers concernés. C'est ce que ce roman fait, tout en douceur et avec optimisme. 

La folle rencontre de Flora et Max, de Martin Page et Coline Pierré. Ecole des loisirs. 14.50 euros.



mardi 10 novembre 2015

Addison Stone, découverte d'une artiste hors normes

Addison Stone était une artiste. Une artiste fascinante, décédée tragiquement, tragiquement trop tôt. Le portrait qu'en a fait Adele Griffin dans La vie inachevée d'Addison Stone lui rend parfaitement hommage. Traduit cette année en français et paru ce mois-ci aux éditions Castlemore, il ne s'agit pas d'un portrait voyeur comme on en trouve souvent dans la presse à scandale.

Après la mort d'Addison, Adele Griffin est allée trouver toute les personnes qui étaient en contact avec la jeune artiste pour recueillir le plus de témoignages possible. Le livre se compose donc d'interviews de ses différents amis, membres de sa famille ou médecins. Il est également agrémenté de nombreuses photos et reproductions des œuvres de Stone. Il permet ainsi aux non-initiés de découvrir le travail d'Addison Stone, riche et profond. Il s'agit pour la plupart de portraits, et lorsqu'on lit ce que différentes personnes pensent d'une œuvre, il est agréable de la contempler à son tour pour s'en faire un avis.

La vie inachevée d'Addison Stone est également un portrait de la ville de New-York : son architecture, ses fêtes, son milieu artistique. Pas une hymne à la beauté ou une dénonciation des excès, mais seulement un portrait, réalisé d'après les dires de tous les témoins. C'est également le destin d'une jeune femme en devenir, constamment en détresse. Maladie ou malaise des restes de l'adolescence, il est parfois difficile de faire la différence. Cette histoire, c'est aussi un récit d'amitiés. Celles qu'on noue au fil du temps, celles qui peuvent se défaire avec un peu de manque d'attention, et celles qui ne se défont jamais. Lucy Lim est l'exemple parfait de la meilleure amie et son histoire avec Addison, aussi controversée soit-elle, est une belle histoire. Quoique tragique.



Si vous n'avais jamais entendu parler d'Addison Stone, parce que vous rejetez toute forme de médias actuels, parce que vous refusez d'entendre les histoires de la jet-set new-yorkaise, ou parce que vous n'étiez pas encore en âge de penser à autre chose qu'à vous même pendant son explosion, Adele Griffin vous offre une occasion en or de vous rattraper. Ses peintures ne peuvent laisser indifférent, et encore une fois, les avoir reproduite avec vous font du livre un objet précieux. Vous pourrez ainsi vous faire un avis sur l'histoire d'Addison Stone.
Dès 15 ans