jeudi 28 janvier 2016

Coup de cœur : il fait du bien de changer d'air

Je lis rarement de la littérature chinoise. Non pas que celle-ci me déplaise, au contraire, mais je tombe rarement sur des ouvrage qui, quand j'ai le temps de les lire, me tentent. Lorsque Pékin Pirate est arrivé à la librairie le 7 janvier, je connaissais déjà le résumé et je me suis empressé de le commencer. Il s'agit d'un texte paru pour la première fois en Chine en 2008 et ce sont les éditions Philippe Rey qui nous permettent de découvrir ce fantastique texte.

Zu Zechen nous offre le portrait de DunHuang, sortant de prison après trois mois enfermement pour
vente de faux papiers. Le jeune homme n'a rien et ne peut décemment pas retourner à son ancien emploi. Au cours de ses déambulations, il rencontre vite Xia, une vendeuse de DVD à la sauvette. Ni une ni deux, il se lance dans ce commerce (illégal lui aussi). 

Voici donc le point de départ. Malgré les coups durs, DunHuang se laisse rarement démonter et apprend rapidement à se remettre en selle. Dans un Pékin contemporain, Zu Zechen nous fait découvrir la précarité sous un autre angle : les jeunes gens en situations difficiles se cultivent, essaient de s'entraider, de se reconstruire... Pékin pirate peut se lire d'une traite, ce que j'ai fait et adoré, ou peut s'apprécier en petites chroniques de la vie quotidienne, toujours rythmée par des tempêtes de lœss.



mardi 24 novembre 2015

La folle rencontre de Flora et Max


Ce joli roman, à découvrir à partir de 12 ans, est à lire d'urgence ! Cette courte lecture m'a fait un bien fou et c'est plus que nécessaire par les temps qui courent... 

La folle rencontre de Flora et Max est un roman épistolaire. Max envoie une lettre à Flora, un peu au hasard, sans trop se soucier du politiquement correct. En effet, Flora est en prison. A 17 ans, elle est enfermée pour 6 mois car elle a frappé très violemment une jeune fille de sa classe qui la harcelait moralement et physiquement. Pourtant Flora est douce et Max va apprendre à la connaître au travers de leur correspondance hors-norme. On apprendra que Max est aussi enfermé, un peu dans sa tête en réalité, car il est agoraphobe et ne peut plus sortir de chez lui. Chacun va essayer de tirer le meilleur parti de sa situation et d'encourager l'autre à surmonter son problème. Listes, souvenirs, projets... Flora et Max sont un soutien l'un pour l'autre et c'est une bulle de douceur que de lire leurs échanges. 

La phobie scolaire, le harcèlement, l'agoraphobie ne sont pas des sujets faciles mais il est important de les aborder, surtout auprès des premiers concernés. C'est ce que ce roman fait, tout en douceur et avec optimisme. 

La folle rencontre de Flora et Max, de Martin Page et Coline Pierré. Ecole des loisirs. 14.50 euros.



mardi 10 novembre 2015

Addison Stone, découverte d'une artiste hors normes

Addison Stone était une artiste. Une artiste fascinante, décédée tragiquement, tragiquement trop tôt. Le portrait qu'en a fait Adele Griffin dans La vie inachevée d'Addison Stone lui rend parfaitement hommage. Traduit cette année en français et paru ce mois-ci aux éditions Castlemore, il ne s'agit pas d'un portrait voyeur comme on en trouve souvent dans la presse à scandale.

Après la mort d'Addison, Adele Griffin est allée trouver toute les personnes qui étaient en contact avec la jeune artiste pour recueillir le plus de témoignages possible. Le livre se compose donc d'interviews de ses différents amis, membres de sa famille ou médecins. Il est également agrémenté de nombreuses photos et reproductions des œuvres de Stone. Il permet ainsi aux non-initiés de découvrir le travail d'Addison Stone, riche et profond. Il s'agit pour la plupart de portraits, et lorsqu'on lit ce que différentes personnes pensent d'une œuvre, il est agréable de la contempler à son tour pour s'en faire un avis.

La vie inachevée d'Addison Stone est également un portrait de la ville de New-York : son architecture, ses fêtes, son milieu artistique. Pas une hymne à la beauté ou une dénonciation des excès, mais seulement un portrait, réalisé d'après les dires de tous les témoins. C'est également le destin d'une jeune femme en devenir, constamment en détresse. Maladie ou malaise des restes de l'adolescence, il est parfois difficile de faire la différence. Cette histoire, c'est aussi un récit d'amitiés. Celles qu'on noue au fil du temps, celles qui peuvent se défaire avec un peu de manque d'attention, et celles qui ne se défont jamais. Lucy Lim est l'exemple parfait de la meilleure amie et son histoire avec Addison, aussi controversée soit-elle, est une belle histoire. Quoique tragique.



Si vous n'avais jamais entendu parler d'Addison Stone, parce que vous rejetez toute forme de médias actuels, parce que vous refusez d'entendre les histoires de la jet-set new-yorkaise, ou parce que vous n'étiez pas encore en âge de penser à autre chose qu'à vous même pendant son explosion, Adele Griffin vous offre une occasion en or de vous rattraper. Ses peintures ne peuvent laisser indifférent, et encore une fois, les avoir reproduite avec vous font du livre un objet précieux. Vous pourrez ainsi vous faire un avis sur l'histoire d'Addison Stone.
Dès 15 ans


vendredi 23 octobre 2015

Coup de coeur magique, laissez vous emporter !

Cassie Beasley est une américaine à l'imagination débordante et les éditions Auzou nous font le plaisir de traduire son premier roman : Circus Mirandus, savant mélange de magie, d'aventures et de mystères ! Tout commence avec une lettre, un courrier précieux qu'un vieil homme envoie désespérément à un cirque. Cela continue avec un miracle, un perroquet, des quipus...

Nous découvrons une maison à l'ambiance un peu plombée : Ephraïm et son petit fils adoré Micah vivaient heureux ensemble, le jeune garçon bercé par les légendes de son grand-père... Jusqu'à ce que celui-ci tombe malade et qu'emménage Gertrudis, sa sœur. Pas vraiment en très bons termes avec son frère, elle l'est encore moins avec Micah et fait tout pour l'éloigner d'Ephraïm. Pourtant, l'un a grandement besoin de l'autre ! Ephraïm a vécu beaucoup de choses au cours de sa vie, et raconte qu'il a visité... Un cirque magique ! Les histoires du Circus Mirandus ont bercées Micah et il apprend aujourd'hui que cet endroit existe vraiment et que son grand-père a besoin de lui pour le retrouver !

Micah va se lancer à la recherche du cirque mais cela n'est pas aussi facile qu'il le voudrait. Il est aidé par une camarade de classe férue de sciences, a qui il faut expliquer l'existence de la magie, une messagère un peu particulière... Et ce n'est que le début !

Vous l'aurez compris, ce livre est merveilleux. Et la lecture aussi bien évidemment ! Ce n'est pas un roman
noir, mais à suspens, et l'intrigue est menée de main de maître. Avec cette histoire de cirque, on pense quelques fois au Big fish de Tim Burton : poisson, géants, toutes sortes de créatures sont là, sans pour autant tomber dans le cliché. On plonge immédiatement dans le récit, on s'attache aux personnages... Je vous parle de la couverture ? Jolie, énigmatique et pleine de symboles compréhensibles au fil de l'histoire, impossible de ne pas remarquer ce roman sur nos tables !! Foncez dès douze ans !




jeudi 17 septembre 2015

Voyage aux pays du cinéma, au dessus du pacifique

Douglas Coupland est un auteur canadien né en 1961. Il a plus d'une douzaine de romans traduits en français. C'est pour ainsi dire, un génie. D'humour, d'intelligence et de lucidité. En toute objectivité. Depuis Génération X en 1991, il nous offre des histoires farfelues, des personnages profondément haut en couleurs et des réflexions à leur hauteur.

Fin août sortait aux éditions du diable Vauvert La pire personne au monde, road trip halluciné de deuxanglais aux États-Unis. Raymond Gunt est un camera man raté. Il pourrait être antipathique au lecteur comme il l'est à bien des personnages mais non. Ses mésaventures sont un pur délice. Ray est une personne égoïste et égocentrique qui se laisse souvent dépasser par les événements. Mais comme il nous l'apprend dès les premières lignes, il "pense être un citoyen tout à fait convenable". Lorsque Fiona, son ex-femme, une "affreuse, affreuse, affreuse personne", lui propose un séjour au cœur du Pacifique, à filmer de jeunes gens pour une télé-réalité, il accepte après quelques réticences. Monumentale erreur ou meilleure décision de sa vie, impossible de trancher. Ayant le droit à un assistant, Ray choisi Neal, un SDF rencontré la veille. Ce dernier va vite se révéler plein de ressources et aider Ray à mener son existence.

Impossible de vous en dire plus sur leurs aventures sans gâcher le plaisir de la découverte. La pire personne au monde est un chef-d’œuvre est c'est un plaisir à chaque page. L'humour est là. Les personnages sont là. Les situations cocasses aussi. On pourrait penser que Coupland ne se réinvente pas mais c'est faux. Chaque roman est magique est celui-ci ne fat pas exception. Avec un personnage plus raté et sarcastique que jamais, il emporte la palme du rire tout en gardant sur le monde son regard caractéristique.

jeudi 10 septembre 2015

Vie(s) et mort d'une artiste

Vie et mort de Sophie Stark est un roman. Pourtant, lorsque j'ai dû interrompre (à plusieurs reprises) ma lecture, je pensais apercevoir Sophie en levant la tête. Pouvoir l'appeler et lui parler. Que ce sentiment de vivre avec les personnages d'un roman est étrange.

Vie et mort de Sophie Stark, c'est un récit à plusieurs voix.
Comme des chroniques, chacune des personnes les plus proches de la jeune femme racontent leur rencontre, un bout de vie partagé avec la jeune femme. Les ressentis et expériences qu'ont chaque personnages par rapport à Sophie ne font que grandir notre fascination pour elle. Plusieurs voies aussi. On voudrait pénétrer le cerveau de Sophie, jeune cinéaste, la comprendre enfin mais impossible puisqu'elle même ne se sait pas vraiment ce qu'elle cherche, ce qu'elle aimerait dire...

Vie et mort est un deuxième roman, une première traduction française et loin d'être la dernière, je l'espère.
L'auteure, Anna North, est une jeune femme, tout comme son héroïne, moins perturbée cependant (c'est en tout cas ce que l'on lui souhaite). Son roman aborde la condition humaine : se faire entendre lorsque l'on arrive pas à s'exprimer, sur le trouble qu'incombe l'art et le statut d'artiste. De la vie étudiante au tapis rouge, que reste-t-il de nos envies et nos certitudes ?

Entre Girls (Lena dunham) et The virgin suicide ( Jeffrey Eugenide, Sophia Coppola), Vie et mort nous 
raconte l'existence d'une femme inapte à s'exprimer comme elle le souhaite mais qui pourtant arrive (presque) toujours à ses fins avec son entourage.

Lire Vie et mort,
c'est avoir envie de connaître Sophie, et paradoxalement, avoir envie de ne jamais la rencontrer. C'est certainement un livre à lire, j'irai bien jusqu'à vous dire que c'est le livre de la rentrée mais il mérite bien plus qu'un mois d'euphorie.



jeudi 6 août 2015

Coup de coeur : Vaincre ses démons à la façon suédoise

Maria Ernestam est suédoise et dès les premières pages on reconnait cette patte si particulière qu'on les auteurs nordiques. Avec son passé de journaliste, danseuse, mannequin et j'en passe, elle arrive à mêler ce qu'elle a pu apprendre des êtres humains pour le transposer dans ses livres. Toujours quelque chose de sombre, quelque chose de passionnant.

Paru en 2011, aux éditions Actes Sud, Les oreilles de Buster raconte l'histoire d'Eva, une femme de cinquante-six ans. Elle célèbre l'événement avec famille et amis et reçoit de sa petite fille préféré un journal intime. D'abord décontenancée, elle va accepter se raconter à travers les pages. Un meurtre prévu dès son plus jeune âge, c'est ce qu'elle confie dès les premières lignes. Ainsi qu'une enfance perturbée par une mère déjantée, des amours interrompues face aux sentiments qu'Eva n'arrive pas à avoir, des roses choyées, des voisins, et des secrets. Quelques gros secrets.

On plonge immédiatement dans le monde d'Eva, aussi facilement et aussi passionnément que s'il s'agissait de notre propre famille. Le temps s'arrête pour nous dès chaque premier mot lu, et pour Eva, chaque nuit qu'elle passe à écrire. Ce faisont, toujours avec un verre de vin, elle se souvient de sa vie. Tantôt drôle, tantôt acerbe sur son passé et le monde qui l'entoure actuellement, c'est un réel plaisir de partager sa vision des choses. Les allers-retours entre passé et présent nous laissent parfois respirer, souvent en apnée. Maria Ernestam sait donner à une existence qui paraît irréprochable le quelque chose qui fait des Oreilles de Buster un roman psychologique plaisant, intelligent.


Les oreilles de Buster, de Maria Ernestam aux éditions Actes Sud - 9,80€